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Philippe De Brabander : l’art de concilier mécanique théorique et ébénisterie

Témoignages

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22/07/2026

Aussi loin qu’il s’en souvient, Philippe De Brabander (promotion 2013, Sciences pour l’ingénieur) a deux passions : les sciences et le travail du bois. Il vient de créer son atelier d’ébénisterie où il peut mettre son expertise scientifique pointue au service de sa créativité artisanale, une activité hybride conçue sur mesure.

 

« Au lycée, ma manière d’allier mes deux passions, c'était de fabriquer des instruments de musique. Je trouvais que la physique sous-jacente était très intéressante à étudier » se souvient-il. Bon élève, il effectue ses classes préparatoires à Clermont-Ferrand avant d’être reçu à l'ENS Paris-Saclay, en 2013. La formation lui permet d’explorer en profondeur son goût pour les sciences fondamentales, grâce au master Modélisation et Simulation en Mécanique des Structures et Systèmes Couplés" (MS2SC). « Cette formation a été la meilleure année scolaire de ma vie », confie Philippe. Il se spécialise en mécanique vibratoire et méthodes numériques. « En mécanique classique, on étudie beaucoup la statique d'un pont par exemple. La mécanique vibratoire ajoute la dimension temporelle qui apporte une complexité que j'aime beaucoup avec un lien très fort avec l'acoustique et la lutherie »

 

Une trajectoire d’excellence hybride

Le master agit comme un véritable révélateur, le hissant à un niveau de modélisation mathématique très exigeant, sans perdre de vue la dimension applicative. « On atteignait enfin un niveau scientifique qui permettait de faire le lien avec le réel, de la science avec un impact industriel. L'ENS Paris Saclay a cette force de pousser les étudiants dans une direction très précise moins présente dans les autres grandes écoles, analyse-t-il. En 2016, Philippe obtient l'agrégation de mécanique, en même temps que son CAP de menuiserie : tout un symbole ! ll poursuit en doctorat de mécanique appliquée et méthodes numériques. « En deuxième année de thèse, arriver à se faire une image mentale d'un problème et s'y balader a été une expérience incroyable, raconte-t-il avec enthousiasme. En revanche, la dernière année, passée en plein confinement pendant le Covid fut « longue et difficile », avant une soutenance à distance en 2021. 

 

L’appel du bois

Si le normalien apprécie l'aspect théorique de la recherche, il lui trouve encore des aspects « hors sol » qui ne le satisfont pas. Paradoxalement, il craint également d'aller dans l'industrie de peur de s’en éloigner. Que faire ? S’accorder une pause. « Après mon doctorat, j'ai ressenti un besoin vital de retoucher le bois et de me reconnecter davantage au réel. » Philippe décide alors de louer un atelier de menuiserie pour quelques mois. « Finalement, ces quelques mois se sont transformés en cinq ans. Au début, je me répétais que l'ébénisterie serait temporaire et que je me remettrais aux sciences mais je me suis rendu compte que je n'avais plus envie de reprendre un travail d'ingénieur classique. En 2024, j'ai donc pris la décision d'intégrer les sciences directement dans l'ébénisterie en créant l’atelier DeBrab ».

 

Entre art et sciences numériques : la marqueterie 2.0 

Entre artisanat et sciences, Philippe invente une forme de marqueterie 2.0. Baptisée Geoveneer —« geo » pour géométrie ou géodésique et « veneer » pour « placage », —, il s’agit d’une technique innovante exploitant la modélisation numérique acquise pendant sa thèse, qui consiste à plaquer du bois sur des surfaces galbées d'une vaste complexité, ce qui leur confère aussi une grande beauté. « L'un de mes objectifs ultimes serait de parvenir à faire de l'art en mêlant l'artisanat et les sciences », déclare Philippe inspiré par l'artiste néerlandais Joris LaarmanMais si ce dernier vend ses pièces d’art, le modèle économique de Philippe est encore dans une démarche exploratoire. « Au début, l'idée était de proposer un service en ligne, mais les ébénistes ne sont pas prêts à payer pour cela et les grosses entreprises attendent encore des preuves car la technologie est trop récente ». Le modèle économique le plus prometteur serait que son atelier produise lui-même du mobilier à l’aide de cette technologie ou propose son expertise numérique du bois en tant que bureau d'études spécialisé. 

 

Conjuguer excellence et innovation de deux secteurs 

Philippe De Brabander a tracé une trajectoire unique, parvenant à construire des ponts entre des cultures professionnelles aux antipodes. « Dans le milieu des professionnels de l’ébénisterie mon CAP a de la valeur, alors que mon diplôme de normalien ne leur parle absolument pas », sourit-il. L'artisanat juge l'innovation de manière immédiate : « Elle est perçue par le résultat, à court terme et de manière mesurable, loin du cheminement intellectuel de la recherche », observe-t-il. Un menuisier ne sait peut-être pas appliquer le théorème de Pythagore mais il sait concevoir un meuble d'une grande complexité. Le dialogue entre ces deux univers est passionnant ! »

Pour le moment, dans sa vaste ferme transformée en atelier où se côtoient designers, ébénistes, artistes et industriels, Philippe De Brabander développe des outils prédictifs pour son usage et celui de ses confrères. « J'ai conçu un petit programme en ligne : on prend une photo du bois debout et un modèle IA couplé à des éléments finis prédit comment il va se déformer. Ainsi, nous pouvons par exemple anticiper le comportement de la matière pour éviter qu'une table ne se fissure », explique-t-il.

Le Geoveneer du normalien éveille également l'intérêt du secteur académique : le normalien bâtit actuellement une collaboration avec l'École Boulle. « Sa vision de l'excellence est très différente de celle de l'ENS Paris-Saclay. Réussir à rapprocher les deux visions est fascinant », affirme Philippe, qui recrute régulièrement des alternants et des stagiaires. Il conserve également des liens avec laboratoire de mécanique Paris-Saclay (LMPS), notamment avec un projet de master, et un autre projet avec le master Sciences du bois de l’Université de Montpellier est à l'étude. 

 

Preuve que l'ENS Paris-Saclay est un tremplin vers tous les possibles, le parcours de Philippe De Brabander invite la jeune génération à imaginer son avenir sans limites. « Garder l'esprit ouvert, c'est la clé de la véritable innovation » conclut-il.

 

 

 

 

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