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Gérald Peyroche, la démarche scientifique au service de l’intérêt général

Témoignages

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20/05/2026

La trajectoire de Gérald Peyroche (Biologie, 1991) est intimement liée à l’ENS Paris-Saclay : ce serviteur de l'État convaincu a su mettre son exigence scientifique tant au service de la recherche et de l’enseignement qu’à celui de l’École qu'il a contribué à transformer en profondeur. Aujourd'hui à la tête de l'Institut Villebon - Georges Charpak, le normalien œuvre avec passion pour amener des jeunes issus de la diversité vers l’excellence.

 

Issu d’un milieu très rural où le mot même de « recherche » était « totalement abstrait », Gérald Peyroche est reçu aux concours des grandes écoles agronomiques lorsqu’il apprend qu’il est également admis à l’ENS Cachan, « une immense surprise », selon lui.  Il n’hésite pas une seconde : il intègre l’École en 1991. « Cette décision était à la fois le choix de la science et celui de l'engagement au service de l'État, qui correspondait déjà profondément à mes valeurs ». Il est reçu à l’agrégation de biologie quatre ans plus tard, une « évidence pour devenir enseignant ».

 

L’ENS Paris-Saclay, école de la rigueur et de l’humilité

Le normalien découvre le monde de la recherche lors de son Master 2, puis de sa thèse (soutenue en 2000 à l’Université Paris 6 Pierre et Marie Curie), effectués au Service de biochimie et génétique moléculaire du CEA à Saclay. À une époque marquée par les débuts de la génomique, Gérald travaille sur les mécanismes de la transcription, la première étape de l'expression génétique dans le laboratoire d’André Sentenac sous la direction de Michel Riva et de Christophe Carles. Il enchaîne avec un post-doctorat à l'Institut Curie où il étudie de nouvelles méthodologies en biologie cellulaire auprès de Michel Bornens (décédé en 2022). 

« Une école normale supérieure apprend à articuler ses idées avec la littérature scientifique pour en acquérir la culture et développer un esprit critique », déclare Gérald Peyroche, qui associe son parcours normalien à la construction de sa « colonne vertébrale intellectuelle.  Elle favorise aussi la créativité, car construire un cours ou s'engager dans une recherche exige d'oser créer », ajoute-t-il. L’enseignant-chercheur y a acquis également une valeur primordiale, selon lui : l'humilité. « En biologie, les systèmes sont si complexes et les modèles si régulièrement remis en cause qu'il faut savoir présenter sa compréhension avec humilité. Cette posture scientifique dépasse le cadre de la recherche et me guide dans toutes mes missions, y compris managériales ». 

 

Le choix de l’intérêt général

À l'issue de son post-doctorat, Gérald Peyroche, contre toute attente, choisit de devenir professeur agrégé à l'ENS Paris-Saclay alors qu'un poste de chercheur l'attend au CEA. Un choix difficile pour lui et incompris de son entourage professionnel, mais totalement assumé au nom de son engagement total pour la transmission des savoirs. « Je me suis beaucoup investi dans la préparation de mes cours et j'ai été très heureux dans ce métier », soutient-il. En 2004, on lui confie la mise en place de la première année de licence de biologie, dans le cadre d'un triple partenariat avec l’ENS-PSL et l'Université Paris-Saclay.

Au bout de quelques années, la recherche lui manque, d'autant plus que son enseignement en est profondément imprégné. En 2007, il décide donc de reprendre une activité de recherche, — au sein du Laboratoire de biochimie de l'École polytechnique—, en plus de son activité d’enseignant à l’ENS Paris-Saclay. Il s’investit pleinement dans le poste directeur-adjoint du département de biologie (2009-2012) qu’on lui confie, et de responsable de la préparation à l'agrégation biochimie-génie biologique. C’est à ce moment également que le projet Idex Paris-Saclay se profile, prémices de l’Université Paris-Saclay. Jean-Yves Mérindol, président de l'ENS, confie à Gérald Peyroche une mission en lien avec la préfiguration des sciences du vivant de la future université. Puis, en 2012, son successeur, Pierre-Paul Zalio, lui propose de devenir vice-président Formation de l'École. Il accepte à une condition : pouvoir mener de vraies réformes structurelles. Un an auparavant, il est devenu maître de conférences.

 

L’art de l’innovation institutionnelle

De 2012 à 2017, Gérald Peyroche n’hésite pas, doté d’un pouvoir de conviction qui va parfois jusqu’à l’épuisement (le sien), à bousculer les habitus normaliens pour décloisonner l’École et concevoir le tout nouveau diplôme de l’ENS Paris-Saclay. Jugeant inapproprié d'imposer l'agrégation aux élèves qui ne se destinent pas à la pratique enseignante, il instaure l’année spécifique au diplôme de l'ENS Paris-Saclay, imaginant plusieurs parcours différents, et créant l'Année de Recherche Pré-doctorale à l'Etranger (ARPE) .  «Ce fut un véritable travail de dentelle, sourit-il. Ce projet a nécessité en parallèle une reconfiguration complète de la carte des masters pour l'adapter au contexte naissant de l’Université Paris-Saclay »Souhaitant impliquer davantage les normaliens dans les décisions qui les concernent, Gérald Peyroche crée la Commission de la Vie Étudiante (CVE). Afin d'encourager au maximum les échanges entre eux, il collabore avec les architectes du nouveau bâtiment de l'École dans l’optique de mutualiser les salles de classe entre tous les cursus.  

Pourquoi et comment mener de front autant de projets structurants ? « Pour contribuer à la mission fondamentale que l’ENS Paris-Saclay remplit pour l'État : former aux métiers de l'enseignement supérieur et de la recherche, répond l’enseignant-chercheurconvaincu qu’elle est aussi essentielle à l'avenir de la société française. Quant au « comment », j’utilise la pensée scientifique de mon cerveau de biologiste pour décortiquer les problématiques institutionnelles complexes et trouver des solutions systémiques et équitables. » En 2020, Gérald Peyroche prend la direction du nouveau département d’enseignement et de recherche de biologie de l’ENS Paris-Saclay, devenant également directeur-adjoint de Graduate School Life science and Health de l’Université. Il est nommé professeur des Universités en 2021.

 

L'excellence inclusive

En 2022, Gérald Peyroche trouve une nouvelle mission à la hauteur de son ambition de servir l’intérêt général : il prend la direction de l'Institut Villebon - Georges Charpak[1]. « L’Institut a pour vocation d’amener des étudiants présentant des fragilités, sélectionnés pour leur potentiel plutôt que sur des critères académiques classiques, vers les plus hautes fonctions en entreprise ou dans l'administration, décrit-ilAvec Pierre-Paul Zalio, nous avons œuvré pour que l'ENS en devienne membre, et j'ai siégé à son conseil d'administration à partir de 2015 ». Il y travaille à mi-temps, pour conserver une partie de ses activités d’enseignement de recherche (au sein du Laboratoire de biologie et pharmacologie appliquée (LBPA) de l’ENS Paris-Saclay). En 2024, Gérald Peyroche est nommé au grade de chevalier de l’ordre national du mérite, seule distinction qui correspond selon lui aux valeurs sur lesquelles il a fondé son parcours.  

 

Sous son impulsion, l'Institut renforce son pôle de recherche en sciences de l'éducation au sein de son Centre d'Expérimentation Pédagogique (CEP). « L’idée est d’asseoir scientifiquement nos expérimentations pédagogiques dont les résultats sont partagés avec toute la communauté de l'enseignement supérieur ». Le directeur finalise actuellement l’aménagement de la résidence étudiante de l’Institut, un projet initié par ses prédécesseurs. Au-delà, le plus grand défi de Gérald Peyroche est aujourd’hui d'assurer la pérennité financière de l'Institut. « De nombreux acteurs publics se sont retirés ou ont diminué leurs apports, et le mécénat s'est essoufflé, déplore Gérald Peyroche. L’Institut Villebon - Georges Charpak est un démonstrateur de réussite unique en Europe. Promouvoir la diversité est une question d'équité, mais c'est aussi indispensable pour améliorer la performance de notre société » conclut-il

 

[1] L’Institut Villebon - Georges Charpak est un Groupement d'Intérêt Public (GIP)

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