Nathaniel Bern , la santé connectée au service des citoyens
Co-fondateur de MEDADOM, leader français de la téléconsultation médicale, Nathaniel Bern ( Master Mathématiques, Vision, Apprentissage, promo 2014) a contribué à révolutionner l'accès aux soins en France. Portrait d’un normalien curieux, animé par l’envie d’innover au service de ses concitoyens.
Le MVA, aux premières loges du boom mondial de l'IA
Entré à l'École Polytechnique en 2011 après une classe préparatoire, Nathaniel Bern se retrouve face à un choix décisif pour son école d'application. Son cœur balance entre l'ENSAE et l'ENS Paris-Saclay, plus précisément son tout nouveau Master MVA (Mathématiques, Vision, Apprentissage). « La formation de l’ENSAE était reconnue pour ses débouchés immédiats en entreprise alors que le MVA était peu connu. Les étudiants le choisissaient par passion pour les mathématiques et les technologies du numérique ». Nathaniel décide finalement de mener les deux de front, intégrant l'ENS Paris-Saclay en 2014. « En réalité, il s'est avéré que le MVA offrait plus de débouchés que partout ailleurs », sourit-il. Le jeune étudiant est séduit par l'approche « à l'américaine » de ce master, grâce à des enseignants réputés pour leur expertise pointue. « Nous nous confrontions à des projets complexes quotidiennement, se souvient Nathaniel. Aujourd’hui, nous sommes liés par le fait d'avoir été présents au tout début de la vague du machine learning. Beaucoup de mes camarades de promotion ont rejoint les géants californiens comme OpenAI, quand d'autres ont fait le choix de l'Europe en fondant les fleurons de la French Tech, à l'instar de Mistral ou Gradium ».
MEDADOM, la médecine 2.0
En 2015, Nathaniel est recruté à l'issue de son stage de fin d'études par le Groupe AXA. Il est data scientist au sein de son « Innovation Lab », une nouvelle entité où officiaient déjà des anciens de son master. « Je testais de nouveaux services numériques pour exploiter les larges volumes de données du groupe ». Il travaille à Paris pendant plus de deux ans, avant de s’envoler pour Singapour où il utilise l’expertise acquise au sein de ce « Data Lab » pour contribuer localement à des sujets d’innovation à forte valeur ajoutée.
De retour en France en 2017, une idée germe en discutant avec un ami médecin. « Nous avions tous deux l’envie de trouver une solution aux problématiques des déserts médicaux et des engorgements des services des urgences dans les hôpitaux ». Imaginant dans un premier temps un service de visite médicale à domicile, façon « Uber des médecins », ils fondent ensemble MEDADOM. L'année suivante, une évolution de la réglementation autorisant le remboursement de la téléconsultation en France change la donne. Le duo pivote immédiatement : MEDADOM proposera désormais des consultations en visioconférence et déploiera des bornes et cabines connectées dans les pharmacies pour accompagner les patients. En 2020, l'entreprise lève 40 millions d'euros pour se déployer massivement. « La crise du Covid en 2020 a agi comme un accélérateur fulgurant, confie Nathaniel Bern.
En 2024, l'entreprise collabore avec les pouvoirs publics pour obtenir des référentiels exigeants. Deux ans plus tard, elle franchit un nouveau cap avec l'entrée à son capital de Bpifrance. « Au-delà du levier financier, la présence du fonds souverain français à nos côtés constitue un rempart indispensable pour garantir la souveraineté numérique de la solution et sanctuariser les données de santé des millions de patients utilisateurs », confirme Nathaniel. Aujourd'hui, MEDADOM s'impose comme le leader français avec près de 6 000 dispositifs installés, 9 millions de téléconsultations réalisées, 1 500 médecins salariés à temps partiel.
L’impact sur la vie des gens
Face à la concurrence émergente des grands modèles de langage que de nombreux patients – et même des professionnels – commencent à interroger pour des pré-diagnostics, Nathaniel Bern reste serein et pragmatique. Loin de voir l'intelligence artificielle comme une menace, il l'envisage comme une opportunité. « Nous voyons l'IA comme un assistant pour le médecin », précise-t-il. Elle est d'ailleurs déjà intégrée à MEDADOM : dans 70 % des cas, les comptes-rendus de téléconsultation sont générés par l'intelligence artificielle, avant d'être soigneusement relus et validés par le praticien.
Fort de cette réussite, quel est aujourd’hui le principal moteur du dirigeant ? « L'impact sur la vie des patients que nous facilitons et le retour des médecins qui ont sauvé la vie d'une personne grâce à notre outil, répond Nathaniel sans hésiter. Si vous vous levez le matin pour faire quelque chose que vous n'aimez pas, il sera très compliqué d'être motivé et performant. L'avantage de la formation de l’ENS Paris-Saclay, c'est le droit à l'erreur. Si vous lancez une entreprise et qu'elle échoue, votre statut de normalien vous permettra toujours de rebondir », conclut-il.
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